Apprentissage de la lecture : ces mauvaises pratiques qui persistent à l’école
"J’ai exercé pendant de nombreuses années sans savoir que des chercheurs travaillaient sur les différents modes d’apprentissage de la lecture.
La découverte de ces études a été une révélation et a complètement transformé ma pratique", a témoigné Isabelle Goubier, inspectrice de l’Education nationale à la retraite, au Forum Education du 30 septembre dernier.
A l’occasion de cet événement, organisé par le Collège de France et le Conseil scientifique de l’Education nationale (CSEN), plusieurs intervenants ont tiré la sonnette d’alarme sur le niveau des élèves français en lecture.
A l’entrée en CE1, 47 % d’entre eux n’atteignent pas le seuil des 50 mots par minute, considéré comme l’objectif officiel.
Ce chiffre atteint même 60 % dans les écoles accueillant un public défavorisé.
Pour l’heure, rien ne semble parvenir à enrayer ces mauvais résultats, alors même que de nombreux travaux scientifiques indiquent clairement la voie à suivre.
Pour les spécialistes, la meilleure façon d’enseigner la lecture est de recourir à la méthode dite "phonique" fondée sur la correspondance entre les lettres et les sons.
A l’inverse, on sait que la méthode "globale", qui consiste à photographier mentalement des mots, est totalement contre-productive.
Aucun enseignant ne l’applique telle quelle aujourd’hui, mais certains adeptes d'une pratique "phonique mixte" ont conservé quelques réflexes délétères qui s'en inspirent.
"95 % des manuels utilisés par les professeurs associent, à des degrés divers, l’apprentissage du décodage et la mémorisation visuelle de mots non décodables", déplore ainsi Jérôme Deauvieau, professeur de sociologie à l’Ecole normale supérieure et membre du CSEN.
Or, son enquête Formalect, menée en 2021 auprès de 9 340 enseignants de CP est sans équivoque : les utilisateurs de manuels privilégiant la pratique phonique stricte obtiennent de meilleurs résultats, tant en rapidité qu’en compréhension de lecture.
Une autre expérimentation, actuellement conduite dans l’académie d’Aix-Marseille, s’intéresse pour la première fois au rôle des conseillers pédagogiques de circonscription.
"C’est à eux de guider les enseignants en relayant les bonnes pratiques.
Les premiers résultats montrent à quel point leurs interventions sont essentielles !" insiste Jérôme Deauvieau.
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