ENTRETIEN. « Ce n’est pas une bulle la Premier League » : les transferts à 100 millions, pas si fous pour cet économiste
Si l’Angleterre tangue et que le Brexit n’a rien arrangé , on ne peut pas en dire autant de son championnat. La toute-puissante Premier league, créée en 1992, domine outrageusement ses voisines avec près de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (selon le cabinet Deloitte ). Une suprématie sportive (six coupes d’Europe sur huit possibles en deux ans) comme économique qui se traduit une fois de plus lors du mercato estival.
Du champion en titre Arsenal (-161 M€ de balance commerciale) aux promus Ipswich (-181M€), Coventry (-143 M€) ou Hull City (-100 M€), les 18 clubs de PL ont dépensé presque sans compter, s’offrant notamment 26 joueurs à plus de 50 millions d’euros, dont six à plus de 100 millions. Un train de vie opulent rendu possible par des droits TV pharaoniques (4 milliards par saison) mais pas uniquement. Explications avec l’économiste Luc Arrondel, co-auteur du livre « Foot business. Les trente glorieuses » et spécialiste de l’économie du ballon rond.
Le 1 er septembre 2026, le record de dépenses des clubs anglais sur un mercato estival sera sans doute battu (3,5 milliards d’euros à l’été 2025, 3,7 milliards en 2026)… Le football anglais continue donc de dépenser sans compter. Est-il encore en croissance ou est-ce devenu sa normalité ?
Il nous manque les chiffres définitifs sur la saison 2025-2026, mais oui, il y a toujours une croissance. Entre les saisons 2023-2024 et 2024-2025, on avait presque 10 % de taux de croissance. Cette année, ça va peut-être diminuer mais ce qui est intéressant, c’est d’analyser ça de manière relative. Quand vous regardez le pouvoir d’achat de la Premier League par rapport à ses principaux concurrents, il commence à y avoir un très, très gros écart. Huit milliards d’euros de chiffre d’affaires pour la Premier League, c’est divisé par deux pour l’Allemagne et l’Espagne. L’Italie est à 3 milliards et la France à 2 milliards. La Premier League, c’est donc quatre fois le chiffre d’affaires de la Ligue 1. Forcément, les modèles économiques vont se différencier. Si on prend l’exemple de la Ligue 1, elle va continuer à vendre en visant une balance nette des transferts nulle ou positive, à côté d’une Premier League qui a un pouvoir d’achat énorme et peut s’acheter les meilleurs joueurs.
Un pouvoir d’achat énorme mais si on regarde la balance commerciale des clubs anglais sur ce mercato et les précédents, la majorité des clubs dépense plus qu’elle ne vend : près d’un milliard de pertes au total…
Ils ne sont pas perdus puisque vous avez un championnat qui arrive à se vendre dans le monde entier. Forcément avec...
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