IA et éducation : le piège des devoirs faits par ChatGPT, par Franck Ramus
Quelques années après son apparition, l’intelligence artificielle (IA) générative est déjà partout, non seulement dans le monde professionnel mais aussi dans le milieu scolaire.
Cette situation alarme considérablement la plupart des professeurs et des chercheurs en éducation.
Leur crainte ? Que si les élèves font faire tous leurs devoirs par l’IA, ils n’apprennent plus rien.
En effet, l’apprentissage se déroule dans le cerveau de l’élève : il nécessite l’entrée d’information, sa mémorisation et sa manipulation afin d’y ancrer durablement des connaissances et des compétences.
Autrement dit, l’apprentissage requiert du travail scolaire.
Une IA peut potentiellement assister un élève dans son travail scolaire, mais si elle fait le travail cognitif à sa place, en dehors de son cerveau, alors les modifications cérébrales nécessaires à l’apprentissage n’auront pas lieu.
De moins bonnes notes Une étude récente (pas encore publiée) des universités de Stockholm et de Hong-Kong en apporte une démonstration éclatante.
Basée sur les données scolaires de 26 000 élèves chinois de collège et de lycée pendant 3 ans, elle documente de manière limpide les effets de l’usage de l’IA pour les devoirs à la maison : les notes obtenues aux devoirs augmentent, alors même que le temps moyen qui leur est consacré diminue.
Néanmoins, les notes obtenues aux examens sur table (sans IA) baissent en moyenne.
Autrement dit, l’usage de l’IA pour les devoirs diminue les connaissances et les compétences scolaires que les élèves sont capables de démontrer sans IA.
De manière très intéressante, les élèves qui ont utilisé l’IA tout en passant le même temps à leurs devoirs que les élèves ne l’utilisant pas ont maintenu de bonnes performances aux examens.
L’usage de l’IA n’a pas seulement affaibli les notes moyennes, il a aussi augmenté la dispersion des notes, entre ceux qui ont trop délégué à l’IA et ont moins appris, et ceux qui l’ont utilisé sans pour autant diminuer leurs efforts.
On mesure tout l’enjeu qu’il y a à guider les élèves vers des usages promouvant les apprentissages.
De nouvelles possibilités Cette étude ne dit pas comment les élèves ayant les meilleurs résultats utilisaient l’IA.
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