Mort d'Edouard Balladur : cette rencontre secrète qui dit tout de l'ancien Premier ministre
C'est l'une de ces rencontres qui font le cœur de la politique, dans une mise en scène qui ressemble à du théâtre mais qui révèle la vérité des hommes.
Le lundi 29 mars 1993, au lendemain de la victoire écrasante de la droite aux législatives, le secrétaire général de l'Elysée Hubert Védrine se rend au Plaza, un hôtel très chic de Paris.
Celui qui travaille pour François Mitterrand retrouve l'émissaire d'Édouard Balladur, Nicolas Bazire, au restaurant du rez-de-chaussée.
Mais ce n'est qu'une étape pour semer les curieux.
Les voici qui montent dans une suite louée pour la circonstance.
Édouard Balladur les y rejoint pour une longue conversation dont personne ne saura rien à l'époque.
Ce rendez-vous est celui qui permet la construction de la deuxième cohabitation de l'histoire de la Ve République.
Celui, aussi, qui aide à comprendre quel genre de personnage était Édouard Balladur, mort lundi à l'âge de 97 ans.
"Je suis très sensible à l'intention que le chef de l'Etat manifeste de me nommer éventuellement Premier ministre.
S'il confirmait cette intention, j'accepterais immédiatement, sans consulter quiconque." Ainsi était-il : onctueux, fier et indépendant.
Qu'on n'attende pas de lui qu'il échange avec son fameux ami de trente ans, Jacques Chirac , qui préside alors le premier parti de France.
Il ira jusqu'à le tenir à l'écart de la vie gouvernementale pendant deux ans.
"J'ai été secrétaire général de l'Elysée, je connais la fonction présidentielle, je ne l'abîmerai pas" : le respect des institutions comptait pour cet homme qui avait accompagné le président Georges Pompidou dans la maladie, et même jusqu'à la mort en plein septennat.
Seule l'euphorie fournie par une situation politique tout à son avantage le conduirait, en 1994, à marcher sur les plates-bandes d'un François Mitterrand affaibli par le temps, l'âge et le cancer.
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