"Une situation exceptionnelle, mais qui va devenir la norme": le poison silencieux de la sécheresse, qui prive d'eau du robinet 94.000 Français
L'automne est là, mais l'eau ne coule toujours pas au robinet des habitants de La Pérouse . Depuis le 4 août, les 25 foyers de ce hameau de Villard-Saint-Sauveur, dans le Haut Jura, dépendent de camions-citernes pour maintenir l’eau au robinet. "Environ deux camions viennent chaque semaine. Sans eux, nous n’aurions plus d’eau", raconte Viviane Airoldi, une habitante. La commune avait déjà fait acheminer 14 citernes de 16m³, selon le décompte d'Alain Rinaldi, maire de Villard-Saint-Sauveur.
Les premières difficultés étaient pourtant apparues dès juin, lors de la première canicule. Le réservoir de La Pérouse, normalement chargé d’alimenter cinq hameaux, a progressivement vu ses réserves diminuer. Pour retarder la rupture, la mairie a décidé de raccorder quatre de ces hameaux à un autre réservoir, approvisionné grâce à de l’eau achetée à une commune voisine.
Désormais réservé aux seuls habitants de La Pérouse, le réservoir a tenu jusqu’à la fin du mois de juillet, avant que le recours aux camions-citernes ne devienne indispensable.
La situation n’est plus exceptionnelle: depuis environ cinq ans, la source alimentant le château d’eau se tarit chaque été. Avec le temps, les habitants ont adopté des habitudes de sobriété: douches rapides, toilette "à l’ancienne", récupération de l’eau froide en attendant qu’elle chauffe et réutilisation de la moindre quantité disponible. Viviane anticipe même la pénurie dès l’hiver.
Grâce à ces réserves, elle n’a pas eu besoin, cette année, d’acheter des packs d’eau. "On s’habitue, mais il ne faut pas que cela dure. C’est inquiétant pour l’avenir", confie-t-elle tout de même.
Mais le cas de La Pérouse est loin d'être isolé. À la fin du mois de septembre, 94.000 personnes étaient privées d’eau du robinet en France hexagonale, selon le ministère de la Transition écologique. La carte VigiEau des restrictions d'eau potable dans le pays témoigne de l’ampleur de la situation: 18 départements sont placés en alerte renforcée et 68 se trouvent en situation de crise.
À Quingey, dans le Doubs, ravitaillé tous les deux jours par camion-citerne, Thierry Leibundgut s'inquiète auprès du média Vert : "Je savais que le monde allait mal, mais que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas". À Quincerot (Côte-d’Or), Isabelle Gourdin a abandonné son potager et dit même éviter de se laver les mains avec du savon, pour gaspiller le moins possible. "Je n’aurais jamais imaginé qu’on en arrive à ce point. Tous ces gestes pour économiser l’eau, on aurait dû les avoir avant", témoigne-t-elle pour franceinfo . Du côté de la Haute-Marne, à Gillancourt, le captage s’est tari si rapidement que la mairie a dû organiser une distribution de bouteilles pour les quelque 130 habitants, apprend-on dans Le Journal de la Haute-Marne .
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Même les territoires habituellement réputés pour leur climat pluvieux ne sont pas épargnés. C'est le cas du Finistère , en situation de "vigilance écarlate", selon les mots de Brest Métropole.
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