Au sud du Liban, l’espoir de voir refleurir les iris après les bombes
Au sud du Liban, les bombardements menacent des iris rares, dont certains sont en voie d’extinction. La botaniste Magda Bou Dagher Kharrat, qui œuvre depuis des années à leur préservation, raconte sa quête pour sauver ces fleurs et son espoir de les voir refleurir un jour, avec le retour de la paix.
L’iris, l’ortie délicate, fleur blanche et pourpre, découverte au XIXᵉ siècle par un médecin lyonnais, dont une botaniste a retrouvé la trace dans le sud du Liban il y a sept ans.
Entretien avec Magda Bou Dagher Kharrat. Vous êtes généticienne des plantes et directrice du Bureau méditerranéen de l’Institut européen des forêts. C’est un très bel article de L’Orient-Le Jour qui retrace l’histoire de cet iris.
Comment avez-vous réussi, en 2019, à découvrir que cette fleur existait toujours à Meis el-Jabal, tout près de la frontière avec Israël ?
J’étais professeure à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Avec mes étudiants, tous les ans, nous interrogions les villageois. Nous nous promenions avec des photos pour leur montrer à quoi ressemblait cette fleur. Et cela, sans résultat positif, jusqu’en 2019, où un villageois nous a dit : « Ah si, mais elle est là ! » Nous sommes allés ensemble la voir. Elle était en fin de floraison, donc nous nous étions promis de revenir l’année suivante, parce que la durée de floraison est très courte : quelques jours pour chaque fleur et quelques semaines en tout.
Nous sommes donc revenus en 2020 et nous l’avons photographiée. Nous devions revenir un mois plus tard pour récolter les graines, mais malheureusement, cela n’a pas été possible.
L’objectif, c’était de récolter des graines pour pouvoir peut-être faire pousser cette fleur ailleurs. C’est un iris qui est menacé d’extinction, c’est ça ?
En fait, il y a sept espèces d’iris au Liban. Elles sont endémiques de la région, soit d’une localité très précise, soit de deux ou trois pays, mais elles sont géographiquement très peu dispersées. Par exemple, l’iris de Lortet est présent au Sud-Liban, près de la frontière avec la Palestine, Israël et la Jordanie.
Toutes ces espèces d’iris sont donc en danger d’extinction, et plus particulièrement l’iris de Lortet, dont on ne connaissait qu’une seule population, qui n’avait pas été retrouvée depuis des années.
L’idée, c’est de récolter des graines pour les faire germer en laboratoire et procéder à ce qu’on appelle un renforcement de population. Il s’agit donc de réintroduire davantage de graines et d’individus dans leur milieu naturel, là où ils se trouvent, mais aussi de conserver des graines dans des banques de semences pour des utilisations ultérieures.
De cette manière, on sauvegarde, quelque part, le patrimoine génétique de l’espèce.
Parce qu’on le sait, cette zone du sud du Liban est régulièrement bombardée par l’armée israélienne. Qu’est-ce que vous savez de l’état de ce village de Meis el-Jabal, situé à moins d’un kilomètre de la frontière ? C’est très proche.
En fait, le seul moyen que j’ai de me renseigner, parce que tous les contacts que j’avais à Meis el-Jabal ne sont plus sur place, c’est de regarder sur Google Maps. Et là, vraiment, ça ne se passe pas bien. On voit le désastre, comme un peu partout.
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