Après les courses pas chères, Lidl s’attaque maintenant au cloud face à Amazon et Microsoft
Schwarz Digits, la filiale numérique de Lidl, investit jusqu’à 5,6 milliards d’euros dans un data center en Allemagne pour bâtir une alternative européenne au cloud américain.
On associe spontanément Lidl aux courses à petit prix, pas à la bataille du cloud. Pourtant, sa maison mère vient d’annoncer l’un des plus gros investissements numériques jamais réalisés en Allemagne, avec un objectif clair : construire une alternative européenne crédible face aux géants américains de la tech.
Le groupe Schwarz, propriétaire des enseignes Lidl et Kaufland, va investir jusqu’à 5,6 milliards d’euros dans un centre de données à Dummerstorf, près de Rostock, dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. La construction doit démarrer en 2027 et créer environ 120 emplois directs, avec une vision à long terme pour le projet.
D’ici 2033, le site doit afficher une capacité de 240 mégawatts, soit à peu près la consommation moyenne de 600 000 foyers. Puis, cap sur 2045 : la capacité pourrait alors quadrupler pour flirter avec le gigawatt. Côté énergie, Schwarz promet une alimentation exclusivement renouvelable, complétée par un circuit de refroidissement fermé censé limiter la consommation d’eau. Autre piste à l’étude : récupérer la chaleur dégagée par les serveurs pour alimenter le réseau de chauffage urbain de Rostock, en discussion avec l’opérateur public local.
« La souveraineté numérique ne naît pas d’appels ou de discours. Elle naît de l’action, d’une infrastructure fiable et d’applications adaptées à la pratique. Nous n’attendons pas que les autres ouvrent la voie » , a déclaré Gerd Chrzanowski, dirigeant du groupe Schwarz, lors de la présentation du projet.
Derrière cette formule, une ambition assumée : Schwarz Digits, la branche numérique du groupe, veut construire une alternative européenne capable de rivaliser au moins partiellement avec Amazon Web Services, Google Cloud et Microsoft Azure, dont dépendent aujourd’hui largement les entreprises du continent. Sa marque de cloud StackIT doit constituer le socle de cette offre, complétée par des services de cybersécurité, d’intelligence artificielle et de communication.
Le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ne se contente pas d’accueillir le site : il compte aussi utiliser StackIT pour dématérialiser ses permis de construire, et pourrait déployer OpenDesk, une suite bureautique libre, sur les postes de travail du personnel enseignant. Une façon pour la région de réduire elle aussi sa dépendance aux fournisseurs étrangers, dans la continuité de son voisin le Schleswig-Holstein, déjà engagé dans un mouvement similaire d’affranchissement vis-à-vis de Microsoft.
« L’objectif du gouvernement du Land est de devenir plus indépendant des fournisseurs étrangers de centres de données, de services cloud et d’applications d’IA » , a résumé Manuela Schwesig, ministre-présidente de la région, lors de la conférence de présentation.
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