Sur cette île perdue dans l’océan, les habitants réputés hostiles et farouches ne sont pas si isolés que ça
Un confetti perdu dans l’océan Indien entre la Birmanie et l’ Inde . Coupé du reste du monde. Et dont la population, qui vivrait hors du temps depuis 50 000 ans, refuse violemment tout contact avec l’extérieur . Ainsi est souvent décrite Sentinelle Nord, une île de 60 km 2 parmi les quelque 200 de l’archipel d’Andaman. Mais tout cela tient davantage du mythe que de la réalité.
D’où viennent les habitants de l’île ? Dans cette région, « on a des populations dites « pygmoïdes » qui s’apparentent à des populations d’Afrique centrale , raconte Romain Simenel, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), anthropologue et ethnologue qui travaille sur les îles Andaman depuis 2021. Mais on ne sait pas s’il s’agit d’une émigration volontaire il y a 50 000 ou 60 000 ans ou si leur présence est liée à des formes anciennes d’esclavage. C’est une hypothèse intéressante car on retrouve ces sociétés d’humains de petite taille dans différents endroits où il y a des épices ou d’anciennes mines. » Historiquement, c’est aussi une zone de piraterie, de contrebandiers, visitée par les colons anglais. « Vers 1880, un officier britannique, à la tête d’hommes armés, s’est même rendu sur l’île pour emmener quelques individus. »
Géographiquement, Sentinelle Nord n’est pas si isolée. C’est une zone stratégique sur les routes maritimes, notamment pour la Chine. Elle se situe à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la grande île d’Andaman. Il ne s’agit donc pas d’un trou noir maritime. « On sait qu’il y a des contacts avec les peuples autochtones des grandes îles : les Onges, les Jarawas et les Grands Andamanais », relève Salomé Deboos, professeure en anthropologie sociale et culturelle à l’Université Lumière Lyon 2, directrice du laboratoire d’Anthropologie des enjeux contemporains (Ladec). Outre ces populations des îles voisines, il y a eu des contacts avec les Indiens. D’ailleurs, les eaux riches en faune marine de la petite île sont de longue date visitées par des pêcheurs d’Andaman. « Les vents ramènent vers Sentinelle. J’ai récolté beaucoup de récits de familles de pêcheurs qui ont perdu un grand-parent ou un arrière-grand-parent autour de Sentinelle Nord, rapporte Romain Simenel. Sont-ils vivants sur l’île ou bien ont-ils été tués ? Difficile de le savoir. On ne repart pas comme ça de cette île. »
« La notion de peuple isolé, c’est une construction des autorités coloniales qui n’a pas vraiment de sens. Il n’y a pas de peuple totalement isolé sur terre, il n’y en a jamais eu » , tranche Romain Simenel. « La raison la plus simple, c’est la dérive génétique, donc la consanguinité. » Mais sur l’île de Sentinelle Nord, « il semble y avoir une diversité génétique incroyable. D’après les photos et vidéos que j’ai pu consulter, on n’a pas du tout affaire à une population dite autochtone » .
Difficile d’avoir aujourd’hui une estimation de leur nombre. Selon Salomé Deboos, ils « seraient entre 200 et 500 d’après les travaux du chercheur indien Sudhir Kumar, qui a séjourné sur place dans les années 2018-2020. C’est relativement important étant donné la superficie du territoire » .
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