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Référendum en Islande: la pêche, ligne rouge au cœur du débat sur l’Union européenne

RFI ·
Référendum en Islande: la pêche, ligne rouge au cœur du débat sur l’Union européenne

Alors que les Islandais doivent décider ce samedi 29 août s’ils veulent rouvrir les négociations d’adhésion avec l’Union européenne, un dossier cristallise les inquiétudes : la pêche. Les produits de la mer représentent près de 40 % des exportations de marchandises du pays. Pour certains, rejoindre l’UE reviendrait à abandonner une souveraineté durement acquise.

Écouter - 01:22 Par : Sophia Khatsenkova Publicité Lire la suite De notre envoyée spéciale à Reykjavik,

À 75 ans, Siggi Thordarson se souvient encore des bateaux britanniques qu’il fallait repousser des eaux islandaises. Dans sa jeunesse, il servait au sein des garde-côtes pendant les « guerres de la morue », cette série de confrontations qui a opposé l’Islande au Royaume-Uni autour de l’accès aux zones de pêche de l’île.

Dans les années 1960 et 1970, Reykjavik étend progressivement les limites de ses eaux de pêche. Les garde-côtes islandais vont jusqu’à couper les câbles des chaluts britanniques, tandis que Londres envoie des bâtiments de la Royal Navy pour protéger ses pêcheurs. Le dernier affrontement s’achève en 1976 : les chalutiers britanniques doivent finalement rester en dehors de la zone des 200 milles nautiques revendiquée par l’Islande.

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Un demi-siècle plus tard, cette victoire reste profondément ancrée dans la mémoire nationale. « J'appelle tous les Islandais. S'il vous plaît, gardez vos zones de pêche et protégez vos stocks pour les générations futures. Cela veut dire : ne rejoignez pas l’Union européenne », lance Siggi.

Pour ce pêcheur, aujourd’hui farouche opposant à l’adhésion, accepter les règles européennes reviendrait à remettre en jeu ce pour quoi sa génération s’est battue. « Nous avons les zones de pêche les plus précieuses d’Europe », assure-t-il. « Il ne me viendrait pas à l’esprit que des gens à l’étranger, très loin d’ici à Bruxelles, puissent mieux gérer cela que nous. »

Cette inquiétude est au cœur de la campagne du « non ». L’Islande est déjà extrêmement intégrée économiquement à l’Union européenne grâce à l’ Espace économique européen . Mais il existe une exception de taille : la politique commune de la pêche ne fait pas partie de l’accord. Reykjavik continue donc de déterminer ses propres quotas.

Une adhésion changerait ce cadre. L’ Islande devrait négocier son intégration dans la politique commune de la pêche de l’Union européenne, l’un des dossiers qui s’annonce déjà comme le plus difficile en cas de reprise des discussions avec Bruxelles.

Pour les opposants, le risque est simple : devoir partager davantage la gestion des ressources avec les Vingt-Sept et ouvrir davantage l’accès à des flottes européennes. Et pour Siggi, aucune dérogation ne peut totalement effacer ce risque. Sa défiance dépasse d’ailleurs largement la seule question halieutique. Il juge que l’Islande n’a « rien à gagner » à abandonner une partie de son indépendance et balaie l’argument selon lequel l’adhésion donnerait enfin à Reykjavik un siège à la table européenne.

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