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L'Instant poésie de Séphora Pondi : "Moi, Tituba sorcière… noire de Salem" de Maryse Condé, un instant sensualité

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L'Instant poésie de Séphora Pondi : "Moi, Tituba sorcière… noire de Salem" de Maryse Condé, un instant sensualité

Le rapport qu’entretient Séphora Pondi avec le vivant et la sensualité, elle le retrouve dans l’œuvre d’une illustre écrivaine Maryse Condé. Son roman "Moi, Tituba sorcière … noire de Salem" l’inspire et la questionne sur le rapport à la joie des peuples opprimés.

Séphora Pondi s’est donnée comme principe de découvrir les légendes littéraires noires francophones, souvent méconnue du grand public, ou invisible dans le paysage historique littéraire. Séphora Pondi cherche à comprendre comment ces écrivain.es ont regardé le monde, et comment ils ont transformé leurs douleurs en geste littéraire magnifié. L’écrivaine Maryse Condé (1934-2024) en fait partie, malgré une immense reconnaissance institutionnelle.

Séphora Pondi a choisi parmi son œuvre, une fiction historique parue en Moi, Tituba sorcière… noire de Salem , qui redonne vie à Tituba, esclave aux pouvoirs mystiques de la Barbade ayant été jugée au procès des Sorcières de Salem à la fin du XVIIe siècle. Séphora Pondi y trouve dans sa langue une omniscience visuelle, sensorielle capable de planter un décor luxuriant, et saturé avec force.

Ecrivaine guadeloupéenne née en 1934, Maryse Condé arrive à Paris dans les années 1950 où elle se familiarise avec le marxisme et l’anti-colonialisme, avant d’aller vivre en Afrique de l’Ouest dans les années 1960 comme enseignante. Elle devient ensuite journaliste, dramaturge avant de publier son premier roman, Hérémakhonon, en 1976. Elle connait le succès en 1984 avec son roman Ségou , et repart vivre en Guadeloupe pour repenser son rapport à la créolité. C’est à partir de ce moment-là qu’elle décide d’écrire ni en Français, ni en créole, mais "en Maryse Condé". Elle enseignera dans les grandes universités américaines durant les années 1990. Elle meurt en 2024, forte d’une œuvre composée de plus de vingt romans.

Maryse Condé en sororité. Au fil des pages, des gestes, des Invisibles

"— Est-ce que je te reverrai ? Il me fixa. Je me demande ce qu’il lut sur mon visage, mais il prit un air faraud : — Dimanche après-midi, il y a la danse à Carlisle Bay. Veux-tu y venir ? J’y serai. J’inclinai convulsivement la tête. Je revins lentement vers ma case. Pour la première fois, je vis ce lieu qui m’avait servi d’abri et il me parut sinistre. Les planches, grossièrement équarries à coup de hache étaient noircies par pluies et vents. Une bougainville géante, adossée à son flanc gauche, ne parvenait pas à l’égayer, malgré le pourpre de ses fleurs. Je regardai autour de moi : un calebassier noueux, des roseaux. Je frémis. Je me dirigeai vers ce qui restait de poulailler et saisis une des rares volailles qui m’étaient demeurées fidèles. D’une main experte, je lui ouvris le ventre, laissant la rosée de son sang humecter la terre. Puis j’appelai doucement : — Man Yaya ! Man Yaya !"

Cet extrait est lu par Julie Hega. " Moi, Tituba sorcière… noire de Salem ", de Maryse Condé est paru aux éditions Gallimard en 1986 et disponible en format poche.

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