"Juif qui parle, bouche qui ment" : la stupéfiante enquête de l'Ifop sur l'antisémitisme à gauche
Les révélations de Mediapart sur les propos antisémites prêtés à Jordan Bardella ont donné aux responsables politiques de gauche l’occasion de rappeler combien l’extrême droite reste un terreau fertile pour la haine des Juifs.
Mais la gauche de 2026 peut-elle encore se prévaloir d’être le rempart contre l’ antisémitisme qu'elle fut jadis ? Une enquête inédite de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, dévoilée en exclusivité par L’Express, explore le rapport des Français de gauche à l’antisémitisme et à l’antisionisme.
Et ses résultats bousculent l’image d’un camp longtemps à la pointe de la lutte contre la haine anti-juive.
La gauche radicale plus perméable à l'antisémitisme Notons d'abord qu'une majorité des électeurs de gauche ne se reconnaît pas dans les sorties controversées du leader de La France insoumise ; qu'il s'agisse, en 2013, de l'idée selon laquelle "Pierre Moscovici ne pense(rait) plus en français, mais dans la langue de la finance internationale" (65 %) ou bien de sa propension à déformer des patronymes d'origine juive (83 %), procédé dont le fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen était lui aussi coutumier.
Un rejet massif donc, mais qui ne suffit pas à tracer une muraille étanche entre les Français de gauche et l'antisémitisme.
Plus d'un quart d'entre eux (28 %) est par exemple d'accord avec Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il déclare : "[Le CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France], c’est un machin d’extrême droite où les ministres défilent pour aller bouffer.
Ils sont aux ordres".
En outre, près d'un tiers approuve les autocollants "Free Palestine" sur les repas casher défendus par Aymeric Caron, et admet adhérer à au moins un propos qu'ils jugent eux-mêmes antisémite — une part qui grimpe à 37 % chez les sympathisants insoumis.
Globalement, la gauche radicale (LO-NPA, PCF, LFI) apparaît plus perméable à l'antisémitisme que la gauche modérée : 16 % des insoumis, 19 % des communistes et 27 % des sympathisants LO-NPA souscrivent à la formule "Juif qui parle, bouche qui ment", contre moins de 10 % pour le reste de la gauche.
Par ailleurs, si l'ensemble des Français de gauche interrogés (14 %) sont moins nombreux que ceux de droite (20 %) à reconnaître qu'ils pourraient voter pour un candidat ayant tenu des propos antisémites, un quart des insoumis et plus de deux tiers des sympathisants LO-NPA n'y voient aucun problème.
Et alors que tous les répondants Place publique refusent l'idée que les chambres à gaz sont un point de détail de l'Histoire, 19 % des insoumis et 43 % des sympathisants LO-NPA souscrivent à cette formule de Jean-Marie Le Pen.
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