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« Et les poissons volent au-dessus de nos têtes » : au Liban, la routine du désespoir

La Croix ·
« Et les poissons volent au-dessus de nos têtes » : au Liban, la routine du désespoir

Une vaste dalle de béton blanc, le vacarme de Beyrouth et les flots de la Méditerranée à perte de vue. Reda, Adel et Qassem passent leurs journées dans ce décor. Ils nagent pour se dégourdir, prennent le soleil, discutent parfois puis recommencent.

Les fantômes de la guerre civile des années 1980 hantent encore ces sexagénaires, et refont surface à chaque nouvelle explosion qui retentit dans la ville, à chaque escalade dans le conflit avec Israël . D’apparence oisifs, ces trois hommes désabusés ne sont que les témoins muets des crises traversées par leur pays.

Pendant une heure environ, la réalisatrice libanaise Dima El-Horr suit le rituel des trois protagonistes, qui marchent plusieurs kilomètres chaque matin jusqu’à la mer. Tout en pudeur, elle les questionne sur leur vie, leurs cicatrices. Elle interroge également le rapport qu’ils entretiennent avec cette étendue d’eau qui semble guérir leurs blessures, dans laquelle ils projettent leurs souvenirs, et trop difficilement leur futur.

Lorsque les interviews se terminent, le montage bascule sur des plans de vagues, puis de routes endommagées ou autres éléments de décor. Des images parfois troubles, accompagnées de sons dérangeants, qui plongent le spectateur dans une atmosphère perturbante, suspendue entre onirisme et désolation, à l’instar de Reda, Adel et Qassem.

Lauréat du prix Zonta au festival Visions du réel – festival international de cinéma de Nyon (Suisse) – qui lui garantit ainsi une diffusion dans le monde entier, le documentaire explore la routine mélancolique de ces trois hommes et adopte par endroits des allures poétiques grâce à la narration de Dima El-Horr. À travers un récit personnel, elle délivre un regard tendre, presque intime sur ces victimes indirectes des guerres, résignées à l’attente de jours meilleurs.

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