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Un chef sans rôle ni État : qui était Albert Lebrun, dernier président de la IIIᵉ République ?

Ouest-France ·
Un chef sans rôle ni État : qui était Albert Lebrun, dernier président de la IIIᵉ République ?

Avec le recul, il aurait dû se dire que c’était un mauvais présage… Sollicité de toutes parts dans cette période troublée de 1939, notamment par les présidents des deux Chambres, Albert Lebrun se représente et est réélu président de la République. Comme seul avait réussi à le faire, auparavant, un certain Jules Grévy, en 1885. Lequel avait dû démissionner en 1887 à cause d’un scandale de décorations . En juillet 1940, Albert Lebrun, lui aussi, devra laisser sa place. Et la III e République avec.

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« L’ultime phase de sa carrière a effacé quarante années d’une existence publique vouée au progrès et à son pays dans le plus grand désintéressement » , écrit Éric Freysselinard, son arrière-petit-fils, dans la seule biographie (éditions Belin) consacrée à Albert Lebrun. Il est vrai que l’ascension de ce Lorrain, né en 1871 après le Traité de Francfort - qui met fin à la guerre franco-allemande - aura été remarquable. Fils d’un cultivateur aisé, maire de son village de Mercy-le-Haut (Meurthe-et-Moselle), il fait Polytechnique et devient ingénieur des mines à Vesoul. En 1898, il est élu conseiller général, en 1899 député, en 1906, président du Conseil général… En 1911, le voici ministre des Colonies, puis de la Guerre, puis du Blocus et des Régions libérées. Devenu sénateur, puis président du Sénat en 1931, un drame le propulse à la plus haute fonction : le 6 mai 1932, le président Paul Doumer est assassiné, Albert Lebrun est élu à sa place.

Mais à partir de là, « tout se dérègle. Élu par une Chambre de droite qui vient de perdre les élections, Albert Lebrun est contraint d’accepter des gouvernements de gauche » . Dans cette période où la crise économique fait ressentir ses premiers effets, il doit éviter les manœuvres politiques pour le déstabiliser, tandis que les réformes institutionnelles nécessaires capotent à cause des inimitiés des uns et des autres… S’il joue un rôle de modérateur, « devenu chef de l’État, Lebrun n’a paradoxalement plus autant d’influence dans le jeu parlementaire ».

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Et il y a bien sûr la montée de Hitler, la guerre, la France qui perd. En juin 1940, Albert Lebrun est partisan du départ du gouvernement français pour l’Afrique du Nord, afin de continuer le combat. Mais il se trouve contraint par les courants majoritaires d’appeler le maréchal Pétain à la Présidence du Conseil (soit le chef du gouvernement). La suite, on la connaît. Pétain demande l’Armistice et après le vote de l’Assemblée nationale du 10 juillet 1940, s’arroge les pleins pouvoirs.

La III e République n’est plus. Et, s’il n’a pas démissionné officiellement, Albert Lebrun n’a plus de rôle. Il se réfugie à Vizille, en Isère, où il sera placé en résidence surveillée, et même un temps emprisonné dans le Tyrol autrichien par les autorités allemandes. Le 11 octobre 1944, il est reçu par Charles de Gaulle, nouveau chef du pouvoir exécutif de la République française.

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