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Défense nationale : « La France et l’Europe doivent s’inspirer d’urgence de Taïwan »

La Croix ·
Défense nationale : « La France et l’Europe doivent s’inspirer d’urgence de Taïwan »

Du 5 au 14 août, Taïwan tenait ses exercices militaires annuels, simulant une invasion de l’Armée populaire de libération de la Chine. Tirs de mortier, défense des littoraux, manœuvres de blindés, survols de chasseurs… 20 000 des 1,6 million de réservistes venaient renforcer les rangs des 215 000 militaires d’active de l’armée taïwanaise.

En cas d’invasion de l’île de Formose, ce sont les citoyens qui devraient prendre les armes pour la défendre. L’armée professionnelle est réduite à la portion congrue, à l’instar du modèle israélien. Taïwan refuse de bâtir un fossé entre l’armée de métier d’un côté, et les civils de l’autre, qui resteraient étrangers à la défense de la nation.

Au-delà des manœuvres militaires, c’est tout un pays qui, pendant dix jours, s’entraîne à résister, du chef de l’État aux simples citoyens, en passant par les entreprises. Les usines, civiles comme militaires, s’exercent à déménager leurs installations critiques pour poursuivre leur activité en cas de bombardements. Les bateaux civils, escortés par les navires militaires, participent au ravitaillement de l’île face à un blocus maritime chinois.

Le réalisme de l’exercice est poussé jusqu’à l’extrême : le débit Internet est fortement réduit, afin de simuler des infrastructures de réseau dégradées. Même le président se plie à un exercice d’évacuation de sa résidence en pleine nuit.

Par sa résilience sociétale, Taïwan nous rappelle ce que cela coûte de résister à un adversaire. Avec 23 millions d’habitants, Taïpei ne peut espérer préserver sa souveraineté face à la Chine d’1,4 milliard d’habitants que par des forces morales et une cohésion nationale à toute épreuve.

Marc Bloch , dans son essai L’Étrange défaite , développe avec magnificence ce que doit être la cohésion nationale : elle refuse la distinction entre militaires et civils car, face au danger, tous les citoyens sont égaux. Devant l’ennemi, il n’y a pas d’« arrière » qui serait exempt de la lutte : « la nation armée ne connaît que des postes de combat ».

Or, dans nos sociétés occidentales, profondément transformées par plusieurs décennies de prospérité, de paix et d’individualisme, la cohésion nationale est presque absente du débat public. Elle semble reléguée aux conférences de presse de responsables militaires qui rappellent que l’armée ne peut tenir sans l’arrière.

Lorsque le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a estimé en novembre dernier face aux maires de France qu’il nous manque la « force d’âme » nécessaire pour accepter « de perdre nos enfants » pour défendre la nation, il a provoqué un véritable tollé.

La cohésion nationale, c’est aussi accepter de laisser partir au combat un frère, une fille, un père, avec l’idée que ce proche va mettre sa vie en jeu pour sauver ce que nous sommes. Rappeler cette évidence n’est pas accepté dans notre société ramollie par une parenthèse dorée de quatre-vingts ans de paix. C’est là le vrai danger : celui du somnambulisme, qui refuse de faire face au danger, de se préparer à la guerre, et qui ne peut donc dissuader l’adversaire.

Plus que jamais, un sursaut collectif est nécessaire.

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