Si on veut attirer davantage de bons étudiants vers l’enseignement, il faut accepter d’y mettre le prix
Sélectionner plus tôt, puis consacrer deux années à apprendre véritablement le métier aux futurs enseignants est un impératif. Mais mieux former les professeurs ne résoudra qu’une partie du problème. Encore faut-il réussir à attirer — et surtout à conserver — de bons candidats. Et cela passe aussi par la rémunération.
Bonne rentrée aux 11,6 millions d’écoliers, collégiens et lycéens et aux 851 500 professeurs qui retrouvent ce mardi le chemin de l’école. Avec cette promesse du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray : « Nous aurons assez de professeurs » , grâce à « l’effet très net » de la réforme du concours sur l’attractivité du métier. Les chiffres sont, il est vrai, encourageants. Près de 24 400 postes ont été pourvus cette année, contre 16 300 l’an dernier. Mais gardons-nous de crier victoire trop vite : le nombre de postes ouverts a lui aussi fortement augmenté et, pendant la période de transition, deux concours coexistent, l’un à bac + 3, l’autre à bac + 5. Il faudra donc attendre pour savoir si le rebond est durable. Recruter plus tôt, former mieux.
Sur le fond, la réforme engagée en 2025 va dans la bonne direction. Jusqu’ici, la France recrutait tard ses enseignants et concentrait leur professionnalisation à la fin de leur cursus. Nous avons trop longtemps considéré qu’être bon dans une discipline suffisait presque à savoir l’enseigner. Or tenir une classe, transmettre un savoir, détecter une difficulté, imposer une autorité ou adapter une pédagogie sont aussi des compétences qui s’apprennent. Depuis cette année, le concours est ouvert dès bac + 3. Les lauréats suivent ensuite deux années de master professionnalisant et rémunéré, avec davantage de pratique devant les élèves. Les premiers professeurs intégralement formés selon ce nouveau modèle arriveront donc dans les classes à partir de 2028. C’est plus cohérent : sélectionner plus tôt, puis consacrer deux années à apprendre véritablement le métier.
Mais mieux former les professeurs ne résoudra qu’une partie du problème. Encore faut-il réussir à attirer — et surtout à conserver — de bons candidats. Car la dégradation du métier d’enseignant, longtemps mal payé et de moins en moins considéré, finit nécessairement par se retrouver dans les classes. Et nos enfants en paient aujourd’hui le prix. Le symbole le plus saisissant vient des mathématiques. Un élève de CM2 enfant de cadre obtient en calcul un score inférieur à celui d’un enfant d’ouvrier trente ans auparavant. La baisse touche toutes les catégories sociales. L’école française n’a pas seulement échoué à réduire les inégalités : elle a laissé reculer le niveau général. On peut accuser les programmes, les écrans, les parents, les méthodes pédagogiques. Tous jouent leur rôle. Mais aucune école ne peut durablement être meilleure que les femmes et les hommes auxquels elle confie ses élèves.
Or le malaise enseignant est profond. Selon la dernière enquête TALIS de l’OCDE , seuls 4 % des professeurs français estiment que leur métier est valorisé dans la société. La moyenne de l’OCDE est de 22 %. Cinq fois plus. Seuls 27 % se déclarent satisfaits de leur rémunération.
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