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Aide à mourir : quand la droite renonce au libéralisme, par Daniel Borrillo

L'Express ·
Aide à mourir : quand la droite renonce au libéralisme, par Daniel Borrillo

La droite française aime se dire libérale.

Elle invoque volontiers la liberté d'entreprendre, la propriété privée, la responsabilité individuelle et la méfiance envers un État bureaucratique qui prétend décider à la place des citoyens.

Cette profession de foi, répétée à chaque tribune économique, connaît toutefois une limite tenace puisqu'elle s'arrête au seuil du corps, de la souffrance et de la conscience.

Le débat récent autour de l'aide à mourir vient de le rappeler avec une particulière clarté.

En effet, lors des discussions parlementaires et des votes solennels, l'opposition la plus véhémente est venue très majoritairement des rangs de la droite républicaine et du Rassemblement national, avant de se prolonger par de multiples retards de procédure et des saisines répétées du Conseil constitutionnel.

À l’issue de ce long parcours parlementaire, les Sages viennent de valider la loi, en émettant trois réserves.

Pour mieux comprendre cette hostilité, il convient de distinguer deux postures intellectuelles bien distinctes.

D'un côté, le fait qu'une droite conservatrice ou d'inspiration religieuse s'y oppose au nom d'une conception de la vie comme valeur sacrée et indisponible demeure une position cohérente, compréhensible et parfaitement respectable dans le débat démocratique.

D'un autre côté, ce qui interroge et choque davantage, c'est l'attitude d'une droite qui continue de se réclamer du libéralisme tout en acceptant, voire en exigeant que l'État puisse imposer par la coercition légale à un individu la manière, les conditions et le moment dont il doit achever son existence.

Primauté de l'individu Or le libéralisme n'a jamais été une simple doctrine économique axée sur la baisse des prélèvements obligatoires ou la déréglementation des marchés.

Dans sa genèse comme dans son essence, il constitue d'abord et avant tout une philosophie politique de la primauté de l'individu, de la souveraineté personnelle et de la limitation de la puissance publique.

De John Locke aux théoriciens du droit naturel, une idée essentielle s’est imposée selon laquelle l’État n’est pas propriétaire de la personne humaine.

Il ne tire sa légitimité que de la mission qui lui est confiée, garantir les droits fondamentaux des citoyens, et non décider à leur place de ce qui serait bon pour eux.

John Stuart Mill a formalisé ce principe fondateur dans son traité De la liberté en affirmant que l’État ne peut légitimement contraindre un individu adulte et capable de discernement au motif que ce serait pour son propre bien, qu’il soit physique, moral ou spirituel.

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