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Ces sociétés font parler les morts grâce à l’IA : pourquoi ce procédé « extrêmement dangereux » pour la santé inquiète

Ouest-France ·
Ces sociétés font parler les morts grâce à l’IA : pourquoi ce procédé « extrêmement dangereux » pour la santé inquiète

Discuter chaque matin avec sa mère décédée, lui raconter sa journée, lui demander conseil, ce n’est désormais plus de la science-fiction. Depuis l’irruption des intelligences artificielles (IA) génératives, une nouvelle génération d’applications, « grief tech » (technologie du deuil, N.D.L.R.), propose de recréer, à partir de messages, de photos, d’enregistrements vocaux ou de vidéos, une version numérique d’une personne disparue avec laquelle converser à volonté. Le principe : nourrir un modèle de langage d’une IA qui imite le style, les expressions, parfois la voix du défunt.

Le phénomène n’est pas nouveau, les premières tentatives, comme Project December aux États-Unis, remontent à 2021, mais l’arrivée de l’IA générative en a démultiplié le réalisme. Des entreprises chinoises, sud-coréennes ou américaines proposent déjà ce type de service ; en France aussi, plusieurs sociétés s’y sont lancées, alors même qu’aucune règle spécifique n’encadre encore la pratique.

Dès novembre 2021, bien avant l’explosion de ChatGPT, le Comité national pilote d’éthique du numérique (CNPEN), adossé au Comité consultatif national d’éthique, avait pourtant alerté sur le sujet dans un avis consacré aux agents conversationnels. Le texte formulait treize préconisations, dont celles de « mener une réflexion sociétale avant toute réglementation » de ces dispositifs « grief-tech » et « d’encadrer techniquement ces agents conversationnels », en insistant sur la nécessité de régler la question des réutilisations de données ou encore de la durée de fonctionnement de ces « IA d’après-vie ».

Ces recommandations sont restées largement lettre morte. « Il n’y a aucun cadre. C’est le problème principal. C’est immoral d’une part et puis, d’autre part, c’est extrêmement dangereux sur le plan psychique et ça devrait être régulé » , résume Dominique Boullier, sociologue, spécialiste des usages du numérique et des technologies cognitives, professeur à Sciences Po Paris. Il pointe une « culture zéro responsabilité » des entreprises du secteur.

Lire aussi : ENTRETIEN. Face à l’intelligence artificielle « il ne faut surtout pas se mettre en autopilote »

Un premier filet réglementaire commence néanmoins à se tendre au niveau européen. Depuis le 2 août 2026, le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) impose une obligation de transparence : toute personne qui échange avec un chatbot doit être informée qu’elle a affaire à une IA.

« La seule façon d’obliger à faire intervenir la France, c’est quand il y a une catastrophe. Il va y en avoir forcément, c’est-à-dire qu’il y aura des moments où il y a des gens qui vont se suicider, vont avoir des actes délirants », estime Dominique Boullier.

Pour Murielle Villani, psychologue clinicienne et chercheuse associée à l’Université Paris Cité, le danger central est de rester bloqué dans le déni : « Faire son deuil, ça ne veut pas dire qu’on sera moins triste, ça signifie qu’on pourra continuer à vivre. On pourra reprendre le cours de sa vie parce qu’on aura accepté que la personne a disparu.

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