L'étonnant parcours du "Comte Tête-de-poubelle", le candidat satirique finalement battu par le champion du Brexit Nigel Farage
Le souverainiste de droite, qui a provoqué une élection législative partielle en démissionnant, a battu dans les urnes, ce jeudi 13 août, un seul vrai candidat, qui avait tout d'un faux : « Count Binface », un « troll » qui n'en est pas à son coup d'essai électoral, et séduit de plus en plus au niveau national. Retour sur son épopée.
E n 2017, Jean-Luc Mélenchon estimait que « Marine Le Pen n'est pas une candidate. C'est un faire-valoir : une table, une chaise, une chèvre se fait élire face à elle. » Nos voisins britanniques ont visiblement pris au mot cette incantation contre leur leader de droite radicale : Nigel Farage , l’un des pères électoraux du Brexit, a dû jouer sa réélection à la Chambre des communes face à un homme qui a fait campagne avec une poubelle sur la tête, et a bien failli l’emporter.
Si l'élection locale a eu lieu ce jeudi 13 août, il a fallu la nuit et un dépouillement attentif des bulletins avant l'annonce de la victoire de Farage, ce vendredi 14 août au matin. Preuve sans doute que l'enjeu de ce scrutin local dépassait largement les frontières d'une seule circonscription. Selon les résultats définitifs, le leader du parti Reform l'a emporté avec 63,3 % des voix, contre 26,9 % pour son adversaire de tôle et 1,4 % pour un petit candidat centriste pro-européen, Stevens — avec, pour être complet, 44 % de participation. Retour sur l’épopée très British du « Comte Face-de-poubelle ».
Derrière la poubelle, et le costume de super-zéro digne d’une mauvaise parodie de Dark Vador, il y a Jon Harvey, un Britannique de 46 ans qui a fait du mélange entre politique et comédie un chemin de vie. L’homme est auteur, scénariste et comédien depuis le début du siècle, et s’inscrit dans le long héritage de la satire télévisuelle à l’anglaise, avec évidemment sa dose d’absurde. Le personnage du Count Binface n’est donc pas l’excentricité d’un travailleur de bureau qui a décidé de mettre un peu de sel dans sa vie : c’est le prolongement de sa carrière.
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Malin, sentant tôt que son idée pouvait fleurir et plaire aux médias, il se lance dès 2017 face à Theresa May , qui est déjà Premier ministre au moment des méfaits de celui qui se fait alors appeler Lord Buckethead [tête de seau], un personnage bien connu des Britanniques. Une histoire de droits d’auteur l’oblige à changer de nom : l’homme à la tête de poubelle naîtra alors un an plus tard, en 2018.
En 2019, rebelote. Une nouvelle fois, le personnage satirique s’attaque à ce qu’il y a de plus gros sur la scène politique britannique : le Premier ministre conservateur Boris Johnson. Dans cette élection générale anticipée, le candidat fantasque se démarque par des propositions tantôt loufoques, tantôt réelles, et parfois même de gauche. Son programme affiché va de la nationalisation de la chanteuse Adèle à l’ambition de donner 1 000 milliards de livres par semaine aux services de soins, en passant par du plus concret, comme fixer l’âge légal de vote à 16 ans minimum et 80 ans maximum ou l’interdiction des ventes d’armes aux « régimes répressifs » .
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