L'Altalena : quand une épave de 1948 ressurgit dans la campagne israélienne
Après des années de recherches, l'épave de l'Altalena a été localisée cette semaine, 78 ans après sa destruction par l'armée israélienne. Ce navire parti de France, qui transportait des armes en contrebande destinées à l'Irgoun, une milice de droite, est devenu un enjeu de mémoire. En pleine campagne avant les élections législatives, il est brandi comme un symbole de la lutte entre la droite et la gauche.
Par : Stéphanie TROUILLARD La découverte de l’épave de l’Altalena a été annoncée, lundi 24 août, par le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir , et celui du Patrimoine, Amichai Eliyahu, tous deux issus du parti suprémaciste religieux Otzma Yehudit (Force juive), membre de la coalition au pouvoir.
"À 0 h 30, à une profondeur de 503 mètres au large de la côte israélienne, l'épave de l'Altalena a été localisée intacte, 78 ans après cet événement douloureux et fondateur qui a secoué le jeune État d'Israël", a déclaré Amichai Eliyahu. "Nous bouclons la boucle historique sur l'un des événements les plus douloureux et les plus formateurs de l'histoire de la société israélienne", a réagi pour sa part Itamar Ben Gvir au moment de la découverte.
Quelques heures plus tard, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est lui aussi réjoui de la localisation de l’épave. "Pour moi, et je suis certain que c’est le cas pour vous aussi, citoyens israéliens, c’est un moment d’émotion, un moment fondateur", a-t-il expliqué.
L’Altalena était un navire transportant des armes en contrebande dont la destruction par l'armée israélienne, peu après la création de l'État en 1948, a mis en lumière des divisions qui persistent encore aujourd'hui. Ce bateau avait quitté la France le 11 juin 1948 chargé d'armes destinées à l'Irgoun, une organisation sioniste militante dirigée par Menahem Begin et menant des attaques contre les autorités coloniales britanniques et la population palestinienne locale dans le but d'établir l'État d'Israël.
"L'initiative d'affréter un navire et de le charger d'immigrants et d'armes a vu le jour à Paris, où le comité local des partisans de l'Irgoun a entrepris de l'organiser. Cela s'est passé quelques semaines avant la proclamation de l'État", explique l’historien israélien Yoav Gelber, professeur émérite à l’université de Haïfa. "L'objectif des membres de l'Irgoun à Paris était de renforcer leurs effectifs en Palestine – tant en armes qu'en hommes – pour faire face à la guerre qui s'annonçait contre les Arabes."
Mais avec la création de l’État d’Israël en mai 1948 , la situation n’était plus la même. Le gouvernement provisoire de David Ben Gourion décida de supprimer les armées et milices clandestines distinctes et de créer une armée d'État unique. La Haganah, principale armée clandestine d'avant la création de l'État, cessa d'exister en tant qu'organisation indépendante et devint le fondement des Forces de défense israéliennes (Tsahal).
"Le 1 er juin 1948, Menahem Begin signa un accord stipulant que l'Irgoun, la milice clandestine préétatique qu'il dirigeait, se dissoudrait et serait intégrée à la nouvelle armée.
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