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« Il semblait chétif mais pouvait porter seul un réfrigérateur » : il se souvient de son été en tant que déménageur

Ouest-France ·
« Il semblait chétif mais pouvait porter seul un réfrigérateur » : il se souvient de son été en tant que déménageur

Quels sont vos souvenirs les plus marquants de vos « jobs d’été » ? Yvan Dorin (Côtes-d’Armor) a répondu à notre appel à témoignages, dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs » :

« Ayant obtenu mon bac en 1962, je me mis à chercher un travail pour l’été. Papa me trouva une place chez un déménageur à Cherbourg (Manche). Je fus reçu par le directeur qui m’indiqua que mon recrutement était exceptionnel (je le soupçonnais d’avoir demandé à papa, en échange, de lui trouver des clients…).

Je me retrouvais donc au sein d’une équipe composée d’un chef et de deux ou trois ouvriers, selon le travail à accomplir. Avec notre camion plateau, nous allions le plus souvent à la gare charger un cadre plein. Parfois, il s’agissait de transporter des meubles d’un logement à un autre dans le secteur. Pour ce faire, nous utilisions un camion cargo.

Après trois jours d’apprentissage, beaucoup de conseils et de courbatures, je compris le métier. J’appris à faire les nœuds de déménageur, équilibrer le poids des cartons, emballer la vaisselle, porter les charges sans se faire mal au dos et charger le camion (tâche réservée au chef d’équipe, responsable en cas de casse). Notre chef d’équipe semblait chétif mais il était capable de porter seul un réfrigérateur dans un escalier.

Je me souviens de rapatriés d’Algérie, témoignant pour chaque objet de souvenirs d’un passé disparu.

C’est surtout le côté humain qui m’a plu. Je me souviens d’un couple de rapatriés d’Algérie qui dut déménager dans une vieille maison près d’Omonville. Cela dura une semaine tant le volume était important. Âgés, ils faisaient peine à voir, témoignant pour chaque objet de souvenirs d’un passé disparu. D’autres fois, c’était le résultat de séparations conjugales avec de tristes choix à faire pour la répartition des biens familiaux.

Lire aussi : « L’été, c’est la plus grosse saison » : le ballet des déménageurs bat son plein dans cette ville de Maine-et-Loire

Il y avait aussi des meubles précieux pour lesquels les propriétaires nous faisaient moult recommandations. Je pris conscience de la valeur relative de ces choses. Il y avait aussi des objets pesants. Je ne parle même pas des pianos de plusieurs centaines de kilos qu’il fallait passer par les fenêtres à grand renfort d’échelles et de courroies…

Une fois, nous livrâmes une machine à une imprimerie, rue de la Paix à Cherbourg. Cet engin pesait près d’une tonne. Nous la fîmes descendre du camion sur des rampes puis glisser grâce à des rouleaux (comme les Égyptiens) jusqu’à une trappe qui donnait sur la cave où se situait l’atelier. Là, l’équipe mit en place un édifice fait de madriers empilés affleurant le plancher. La machine fut disposée dessus et en retirant savamment les madriers un par un, elle fut descendue et trouva sa place à la cave. Pour ce travail exceptionnel et périlleux, j’admirai le professionnalisme de mon équipe.

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Je me rappelle aussi des nombreux déménagements liés à la construction de l’usine de traitement de la Hague .

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