Romain Lacotte, apiculteur: «Cette année nous avons déjà perdu 40% de notre production de miel» à cause de la chaleur
Les vagues de chaleur en série et la sécheresse persistante qui sévissent cet été en Europe affectent lourdement les populations d'abeilles. Résultat: les professionnels du secteur sont inquiets pour leurs colonies et la récolte de miel. Romain Lacotte est apiculteur en Haute-Corrèze, un territoire du centre de la France considéré comme l'un des châteaux d'eau du pays, où sa famille possède mille ruches. Mais même ici, le manque de pluie et la chaleur se font sentir...
RFI : À partir de quelle température vos abeilles souffrent-elles de la chaleur ?
Romain Lacotte : La chaleur affecte surtout la colonie, c’est-à-dire la ruche avec, à l'intérieur, les abeilles. La colonie a besoin d’une température de 35 degrés dans la ruche. Quand celle-ci grimpe au-delà, les abeilles peuvent la régler par ventilation : il y aura alors des abeilles devant l’entrée de la ruche qui ventilent avec leurs ailes afin de provoquer un cycle d’air. D’autres vont y poser des gouttes d’eau afin de créer de l’humidité, ce qui réduira la température à l’intérieur de la colonie.
Quel est ce phénomène qu’on appelle « faire la barbe devant la ruche » ?
C’est le signe que les abeilles ont chaud dans la ruche. Elles vont donc en sortir pour y laisser plus d’air parce qu’à l’intérieur, l’espace entre deux cadres correspond pile à l’épaisseur de deux abeilles. Quand il fait froid, elles arrivent à régler la température en se serrant les unes aux autres. Mais quand il fait très chaud, elles ont du mal à supporter cette promiscuité, raison pour laquelle les abeilles sortent de la ruche. Elles libèrent alors de l’espace pour laisser ventiler la ruche. Et quand les abeilles sont toutes dehors et s’agrippent devant l’entrée, cela ressemble à une barbe, d’où l’expression.
Au-delà de la chaleur, quels sont les effets de la sécheresse sur vos abeilles ?
En raison de la sécheresse et de la chaleur, les plantes ont toutes fleuri plus tôt que d’habitude cette année. Celles qui fleurissent habituellement en août étaient déjà en fleurs en juin, ce qui crée aujourd'hui des pénuries. Les colonies d’abeilles n’arrivent plus à trouver assez de provisions. À cause de l'assèchement des plantes, il y a moins de nectar. Et sans nectar, les abeilles meurent de faim.
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Dans un premier temps, la famine chez les abeilles se traduit par une diminution de leur activité. Elles ne se déplacent plus et restent dans leur ruche. Elles ne peuvent plus voler. Normalement, une butineuse, avant de partir, va se gorger en provisions afin d’avoir assez d’énergie pour supporter son vol. Une fois son nectar collecté, elle en consommera une partie sur son chemin de retour et ce qui lui restera sera mis au profit de la colonie pour créer le miel. Mais sans ressources, les abeilles ne sont plus capables de voler. Dans la seconde phase de la famine, elles vont commencer à faire du cannibalisme et à manger leurs propres larves ainsi que ce qu'il y a à l'intérieur des cellules, à savoir toute la bouillie larvaire qu'elles avaient donnée initialement pour que les larves se transforment en abeilles.
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