De Havelange à Infantino : la FIFA est-elle condamnée à fabriquer des monarques ivres de pouvoir ?
Alors qu’il paraissait intouchable, le Président de la FIFA se trouve au bord du gouffre. Son projet tué dans l’œuf de privatiser la Coupe du monde a coalisé contre lui trois confédérations continentales sur six. L’ami de Donald Trump s’accroche à son poste mais à quoi servirait de l’en chasser s’il est remplacé par un Infantino bis ? Car la FIFA semble congénitalement transformer les ronds de cuir du ballon rond en présidents enivrés de pouvoir. Il est plus que temps de tout changer.
Observer la chute soudaine d’un autocrate représente un plaisir inégalé. Le 19 juillet dernier, Gianni Infantino, 56 ans, s’est cru toujours plus puissant, au sommet d’une gloire illimitée. Devant 82 500 spectateurs et plus d’un milliard de téléspectateurs, en compagnie de son grand ami Donald Trump , le Président de la FIFA a remis le trophée de la Coupe du monde de football au capitaine espagnol Rodri. Il fallait voir l’immense sourire de Gianni, sa si belle complicité avec Donald.
Deux maîtres du monde en train de follement s’amuser. Malgré la farandole de scandales qui avait perturbé la compétition -du visa d’entrée refusé à l’arbitre somalien Omar Artan, au carton rouge retiré à l’attaquant américain Balogun sur demande de Trump, en passant par le prix exorbitant des places ou l’équipe d’Iran traitée en paria- Infantino semblait intouchable.
Plus c’était gros, plus ça passait. Moins d’un mois plus tard, le voici pourtant au bord du gouffre, auto-torpillé par un dossier scandaleux, sa réforme de trop : vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés , au premier rang desquels le frère du gendre de Trump.
Pour que ça passe crème, Infantino comptait sur deux éléments. Le soutien aveugle de ses amis et le manque de courage de ses ennemis. Il s’est lourdement trompé. La Confédération européenne (UEFA) , rejointe en grande partie par son homologue asiatique (AFC) et la CONCACAF (Amérique du Nord, centrale et caraïbes), exigent son départ. Il est loin d’être encore acquis car l’Afrique (CAF) et l’Amérique du Sud (CONMEBOL) restent fidèles, tandis que l’Océanie (OFC) évite de se prononcer.
Mais à quoi servirait la démission anticipée du laquais de la Maison Blanche, ou sa défaite lors des élections programmées en 2027, s’il était remplacé par un « Infantino bis » avec peut-être plus de cheveux mais pas moins de goût pour le pouvoir suprême ? La FIFA semble congénitalement programmée pour porter à sa tête des ex-ronds de cuir du ballon rond qui, une fois élus, se prennent pour ce qu’ils ne sont pas : des chefs d’État, des rois, des papes, parfois les trois à la fois.
Avant Infantino, il y eut Sepp Blatter, dix-sept ans de règne (1998-2015), qui rêvait du Prix Nobel de la Paix (le vrai, pas celui attribué à Trump par Infantino en décembre dernier), avant d’être emporté par les scandales, notamment ceux débusqués par le FBI qui le forcèrent à démissionner.
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