Pourquoi la langue française s’invite dans la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada
C’est l’un des points de désaccord majeur entre le Canada et les États-Unis. Parmi ses conditions pour ne pas appliquer de droits de douane à son voisin du Nord, Donald Trump aurait demandé la suppression des règles protégeant le français dans l’étiquetage des produits de consommation, alors qu’environ 22 % des Canadiens l’utilisent comme première langue. Un compromis que le premier ministre canadien, Mark Carney, a catégoriquement refusé.
Depuis, la guerre commerciale a repris entre Washington et Ottawa : des droits de douane à 50 % ont été imposés dès samedi 22 août sur de nombreux produits canadiens, faute d’accord entre les deux pays. Parmi les points de friction soulevés par les négociateurs américains figurent la loi 96, qui impose notamment l’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada, et la loi 109, qui oblige les plateformes numériques, comme Netflix, à rendre disponible et à mettre en valeur du contenu francophone.
Cet attachement à la culture francophone se retrouve jusque dans les rayons des supermarchés. Même dans la partie anglophone du Canada, les étiquettes des produits sont bilingues, en anglais et en français. Une exigence que certaines entreprises américaines, désireuses de vendre leurs produits aux Canadiens, jugent trop coûteuse à respecter.
Selon Mark Carney , les demandes de Washington sur ce sujet s’apparentent à des « menaces pour la langue et la culture françaises » . Lui-même né à Fort Smith, dans les Territoires du Nord-Ouest, s’exprime surtout en anglais. Mais depuis son entrée en fonction en mars 2025, il accorde une importance particulière à l’apprentissage du français. « Nous défendrons toujours la langue française et la culture au Canada » , a-t-il ainsi déclaré, ajoutant à l’intention de Washington : « Pour nos collègues américains, soyons clairs : pour mon gouvernement et pour le Canada, ces questions n’ont jamais été à l’ordre du jour même si les États-Unis ont essayé jusqu’à la dernière minute de les inclure. »
« Jamais nous n’accepterons qu’un autre pays dicte la voie à suivre chez nous, au Québec ou au Canada » , a de son côté martelé le ministre des finances François-Philippe Champagne, lors d’une conférence de presse lundi. Une phrase qu’il a d’abord prononcée en français, puis répétée en anglais à l’intention des médias anglophones du pays.
Cette fermeté du gouvernement a été largement saluée par l’opinion publique canadienne, notamment au Québec. Selon un sondage de l’institut Angus Reid, 85 % des Québécois estiment qu’il s’agissait de « la bonne chose à faire » . Le Journal de Montréal , le quotidien francophone le plus diffusé en Amérique du Nord, titrait en une lundi : « Message à Donald Trump : French is non negotiable (le français n’est pas négociable, NDLR) » .
À la suite de ces désaccords, la réponse du président américain ne s’est pas fait attendre. Le 25 août, sur son réseau Truth Social , Donald Trump a annoncé « envisager sérieusement » de rebaptiser le lac Ontario, à la frontière entre les États-Unis et le Canada, affirmant ne plus vouloir « faire beaucoup d’affaires avec l’Ontario » .
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